Archive for the reviews (french) Category

Journal Du Dimanche / Strella ***

Posted in reviews (french) on Δεκέμβριος 5, 2009 by strellamovie

Une tragédie transsexuelle…
De Panos H. Koutras avec Mina Ofranou, Yiannis Kokiasmenos, 1h51.

Libéré d’une longue peine de prison, Yiorgos tombe dans les bras de Strella, une transsexuelle au grand cœur. Un amour passionné se dessine entre eux mais Yiorgos reste préoccupé par son passé et surtout son fils, qu’il cherche en vain. Dans une Grèce qui ressemble bien au monde réel avec ses pauvres, sa grisaille, ses cancéreux et ses marginaux, Panos H. Koutras se lance dans une étonnante tragi-comédie dont le rôle-titre est tenu par un transsexuel de 24 ans. Un film tenu par un scénario et une interprétation de qualité.
Al.C.

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L’Humanite # 2 / OEdipe vire sa cuti.

Posted in reviews (french) on Δεκέμβριος 5, 2009 by strellamovie

STRELLA,
de Panos H. Koutras

Sortant de prison, un homme devient l’amant d’un jeune transsexuel. Tenté par le kitsch, Panos Koutras le circonscrit aux rêves d’un de ses héros (visions d’un écureuil dans un décor de dessin animé). En revanche, quand il s’agit de décrire l’utopie tragique de la transsexualité, Koutras évite tout folklore. Le fi lm est même dur par moments (voir les scènes avec le vieux trans atteint du cancer). Si cela bifurque vite dans le drame, on évite les trémolos du mélo, ainsi que les dérivations décoratives à la Almodovar. Un regard sensible mais sans sensiblerie sur un sujet que tout le monde ne saurait pas traiter avec autant de tact et d’évidence. Un cinéaste (grec) est né.

Studio Cine Live / Strella, brise les tabous

Posted in reviews (french) on Δεκέμβριος 5, 2009 by strellamovie

Vous croyiez tout savoir sur les amours impossibles ?
Quand un film percute intentionnellement les tabous les plus affolants, un peu de désinvolture à la Almodóvar ne fait jamais de mal. C’est ce qu’a dû se dire Panos Koutras pour envelopper son histoire d’?dipe au pays d’?dipe. Libéré après quatorze ans en prison, Yiorgos passe sa première nuit de liberté avec Strella, un jeune prostitué transsexuel dans un hôtel tout moche. La suite propose un modèle de famille recomposée pour le moins spectaculaire, comme vous n’en aurez jamais vu. Et plus le film avance – allez le voir pour comprendre-, plus il libère une énergie vitale chaleureuse, qui vous emporte dans un tourbillon réconfortant.
Par Emmanuel Cirodde (Studio Ciné Live), publié le 18/11/2009

Critikat.com / Oedipe Reine

Posted in reviews (french) on Νοέμβριος 20, 2009 by strellamovie

Après L’Attaque de la moussaka géante (2001), délirante reprise protéiforme des séries B fifties, et Real Life (2004), avec Anna Mouglalis mais jamais sorti en France, Strella pourrait révéler plus largement Panos H. Koutras au public, après une circulation relativement intense en festivals. Un mélange touchant des genres et des histoires, personnelles et collectives, où le chatoiement ne s’oppose pas à la mélancolie.

Une brève embrassade avec son codétenu et Yiorgos quitte sa cellule. La liste serait longue des films qui s’ouvrent en même temps qu’une porte de prison, plus ou moins tournés vers l’intérieur ou l’extérieur, comme récemment le début d’Adieu Gary qui ne délivrait ses informations que par du son sur fond noir. Dans Strella la force de la scène est d’éclairer la relation entre Yiorgos et celui qui reste. Elle est homosexuelle, certes, mais surtout elle est douce, forte, comme une bouée mais loin d’être uniquement physique. C’est cela l’essentiel car en quelques secondes c’est un personnage qui est construit, et l’ambiguïté, l’instabilité éternelle du rapport entre les Hommes. Le sexe n’est jamais simple, qu’il soit acheté, désiré, voire volé.

Avec Strella, Panos H. Koutras renvoie directement à Almodovar. A Athènes, il filme avec amour un groupe de transsexuels traversant tous les âges et les genres, autour de Strella, chanteuse de cabaret et prostituée, occupations entre mille autres que Koutras accompagne d’autant de miroitements colorés, d’une agilité de captation qui évacue toute caricature. Sans trop dévoiler une partie de l’histoire il sera beaucoup question de famille, d’inceste, et indirectement – mais par ce biais-là quand même – de ce que peut être la famille quand l’identité sexuelle n’est pas celle de la société grecque traditionnelle (ça marcherait aussi ailleurs). Koutras y calque des bouts de mythologie, Œdipe en premier lieu mais en piochant également dans le vivier antique sans enfermer aucun personnage. L’important, c‘est de voir la famille de Yiorgos, ontologiquement déchirée entre ses racines traditionnelles dans le décor archaïque d’un petit village, et un présent éclaté, morcelé, qui se reconstruit non pas dans les liens du sang mais à travers des communautés.

Si la filiation avec Almodovar est certaine Koutras n’est pas un clone. Plus faible dans la puissance des sentiments et surtout dans les scènes de violence, le Grec s’épanouit dans des passages plus oniriques, donnant au kitsch de ses décors et de ses personnages un ton plus proche du pastel que de l’éclat. Son film est fragile, la fin densifierait l’action si elle intervenait avant quelques scènes de conclusion non indispensables, et les rêves numériques que fait Yiorgos sont avant tout prétexte au kitsch et à une psychologie un peu tiède. Strella est en revanche un succès lorsqu’il montre les errances douces, joyeuses ou amères, les gueules (celle de Yiannis Kokiasmenos (Yiorgos), patinée mais aux yeux pétillants) ou les corps loin de toute monstruosité. Strella nue, jouée par une non professionnelle, c’est des seins et un sexe masculin qui s’affirment ensemble. Rien de plus doux que ce beau corps, sinon le réalisateur lui-même, plus provocant à filmer cette tendresse que les excès d’une communauté rarement mise en avant à d’autres titres.

Ces corps artificiels et authentiques sont filmés, comme par mimétisme, avec une lumière toc, quelques effets dont on pourrait se passer mais une sincérité payante. Tourné en super 16mm, le film passe des soirées délirantes, des visages surmaquillés aux rues granuleuses et dépouillées. Difficile même d’opposer Athènes au village de Yiorgos, le paysage ne fait pas l’homme, c’est lui qui le transforme. Si beaucoup sont paumés, chacun sait ce qu’il veut, et tente de l’obtenir à sa manière, loin des cadres. La famille bien sûr est épinglée en tant que poids terrible, les reports à travers les générations sont une malédiction. Mais puisque personne n’y échappe autant bâtir sur d’autres bases. Et si l’inceste ici est un étonnant vol, une vengeance, il est aussi plus que ça, et certains seront choqués de voir que Koutras le met sur le chemin de la quiétude. Plusieurs façons de le voir, comme une réparation ou une étape supplémentaire vers la libération. Strella ne se veut pas immoral mais place le personnage de Yiorgos dans une instabilité à rendre fou – l’amant et le père – avant de le rendre sage. La vengeance comme thérapie ? Tentative avortée de rejet total du sang familial ? Koutras n’oriente finalement pas son film sur une thèse psychologisante mais il semble rester indécis sur une position difficile à refuser. Peut-être le poids même des générations, des modes de vie qui perturbe le conteur autant que ses héros. Il reste un grand respect pour ce qu’il aimerait certainement n’être plus « un milieu », et qui dans le film montre sa plus grande victoire par la recréation d’une famille. Pas de véritable happy end, il demeure une sensation de temporaire : même la stabilité à un arrière-goût d’eau qui dort. Chacun y lira son oracle, sans échapper à son propre reflet.

Camille Pollas

Ecran Large ****1/2

Posted in reviews (french) on Νοέμβριος 20, 2009 by strellamovie

Par Lucile Bellan

Strella, contraction de féminité « Stella» et de folie « Trella» , est bien à l’image de son néologisme : une fable folle, cyclotymique portée par une femme en devenir, Mina Orfanou, transexuel pré-opératoire. S’il s’agit bien du contexte premier du film, très vite on délaisse le cadre ombragé des prisons grecques pour le milieu de la nuit transexuel, fait de paillettes, de maquillages outrageux, mais aussi d’amitié de longue date et de familles recomposées par défaut.

Comme une photographie magnifique d’une réalité triste, le film dresse un portrait jamais larmoyant mais pourtant grave de cette sous-culture à tous les niveaux : coupés de leur famille, les jeunes trans s’enferment dans ce mode vie avec des connaissances qui partagent leur souffrance mais surtout n’ont comme seule alternative pour vivre que la prostitution.

Une fois dépassé cet état de fait comme décor, l’intrigue, pour le moins intrigante du reste (mais on n’en dira pas plus, le réalisateur ayant demandé lors de la première parisienne de laisser les futurs spectateurs « vierges» ), est portée par un duo aussi improbable que solaire : la belle Strella, humaine, forte, extravangante mais toujours touchante et Yiorgos, qui après quelques minutes seulement laisse transparaître derrière un physique bien viril une sensibilité et une sensualité à fleur de peau et une beauté d’âme rare.

Jamais prévisible, ce film en montagnes russes nous emmène dans une ballade à travers beaucoup de tabous (sociaux et sexuels) mais c’est pour mieux nous dévoiler le secret de sa recette : une bonne dose d’amour… et de folie.

Liberation / Hellène est le garçon

Posted in reviews (french) on Νοέμβριος 20, 2009 by strellamovie

L’idylle vertigineuse entre une pute pas tout à fait femme et un ancien taulard à Athènes.
Par GÉRARD LEFORT

Budget ric-rac, intrigue brinquebalante, acteurs de fortune et tempérament de feu, Strella, troisième opus de Panos Koutras (après l’immarcescible l’Attaque de la moussaka géante) est un film comme bientôt on n’en fera plus au cinéma. Le Net, avec son économie parallèle et ses imaginations débordantes, prendra peut-être un jour le relais.

En attendant, il faut se précipiter à Strella, comme on se fout à l’eau sans être tout à fait sûr de savoir nager ; se jeter au cou de cette jeune pute athénienne et transsexuelle qui, le soir au cabaret, se vit en réincarnation de la Callas et de Mélina Mercouri.

Virilité. Une enfant du pire (drogue, prostitution, homophobie ordinaire) dont la vie fatale croise le destin de Yiorgos, un pur bloc de virilité qui vient de quitter la prison où il purgeait une peine de quinze ans. Ils baisent, c’est chaud. Puis ils s’aiment, c’est brûlant. D’un amour insolite. Plus exactement d’un amour qui tente de réinventer les chromos. Un homme, une femme, sauf que la femme n’est pas tout à fait une femme et que l’homme va bientôt se révéler un peu plus qu’un amant (la critique qui mangera le morceau de cette «révélation» extravagante devra subir le châtiment de quarante coups de sacs à main).

Strella et Yiorgos, un couple des temps modernes, travaillé par bien des passions sombres. Un couple familier, car même si l’action est fortement ancrée dans le décor athénien, elle «marcherait» dans n’importe quelle métropole contemporaine. Pour Yiorgos, le conte (de fée) est bon : une bite et des seins (et lesquels! dans le cas de Strella), après tout, c’est deux bonheurs pour le prix d’un. Pour Strella, qui a choisi de devenir femme, Yiorgos, mâle à poil dur, est un rêve de «mari».

Que la vie vienne brouiller cette conjugalité somme toute classique et en fasse même une omelette norvégienne (chaude et froide en même temps) est un des bonheurs du film. Que Strella se conclut par une version singulière et encourageante de la famille recomposée est un autre bienfait.

Mais tout cela serait du petit linge sans le grand genre de l’actrice Mina Orfanou, qui incarne Strella. Le réalisateur avait tenté le rôle avec des acteurs ou des actrices professionnels. Il a renoncé, craignant qu’on s’obnubile d’une «performance». Il a bien fait. Mina Orfanou n’est pas dans la performance, elle est dans le rôle de sa vie. Sexy, drôle, énigmatique, désirable, folle autant que fou, bouleversante par cet entre-deux chaotique où son cœur, son cul et sa vie balancent. Strella est une météorite qu’on a parfois du mal à suivre. Mais dans son sillage, quelle somptueuse poussière d’étoiles.

Lapin Duracell. Yiannis Kokiasmenos incarne un autre défi : un Yiourgos viril mais pas masculin, mâle sans être pénible. Plausible, aussi, quand on découvre son petit grain : le cauchemar récurrent d’un écureuil détraqué, sorte de lapin Duracell sous crack.

L’hellénisme de Strella n’est pas tant dans la résurrection de quelque tragédie antique (Œdipe et tout son tralala) que dans son goût illimité de l’hubris, cette démesure qui est autant un éloge de l’excès qu’un état d’esprit. Strella, un film trop.

Le Monde / Strella» : une version ‘queer’ de la culture antique

Posted in reviews (french) on Νοέμβριος 20, 2009 by strellamovie

Quelles nouvelles du cinéma grec, qui avait longtemps semblé disparaître à l’horizon infini des films de Theo Angelopoulos ? Strella, un film pour le moins roboratif. Panos H. Koutras, son auteur, n’est pas tout à fait inconnu : on lui doit, réalisé en 1999 et sorti en 2001 en France, L’Attaque de la moussaka géante, inénarrable film Z qui brassait parodie de film fantastique et apologie queer dans les rues d’Athènes. Strella, troisième long métrage du réalisateur entièrement autoproduit, reste fidèle à cet esprit bravache, mais est néanmoins plus ambitieux. Il propose une adaptation débridée des fondements de la culture antique, notamment exprimés à travers le mythe et la tragédie.

L’histoire est renversante, et ne recule devant à peu près rien qui ne puisse contribuer à gifler le goût des honnêtes gens. Iorgos, un quinquagénaire laconique et inquiétant qui vient de passer quinze ans en prison, se met en quête de son fils, dont il a perdu la trace.

Parallèlement, il fait la connaissance de Strella, un jeune prostitué transsexuel de belle prestance, qui le vampe dans les couloirs de l’hôtel minable où il a élu domicile. Entre ces deux êtres, blessés, marginaux, tenus chacun par un inavouable secret, quelque chose comme un amour fou se déclare. Tandis que Iorgos est hébergé par Strella, le couple se met à rêver d’une installation pour ainsi dire bourgeoise.

Littérature oraculaire

Mais le destin veille, avec la découverte par Iorgos de la véritable identité de son fils et la révélation faite au spectateur du crime sanglant qui l’a conduit en prison.

Ces péripéties, il faut bien avouer qu’on se frotte parfois les yeux pour croire que le cinéaste a osé les imaginer, les figurer. D’autant que le récit qui les délivre relève d’une mise en scène paradoxalement plus attendue que son propos.

Reste un film dont la liberté de ton, le respect pour ses personnages, les ruptures inattendues de style et de registre (entre la piquante alacrité d’un Pedro Almodovar et le lyrisme opératique d’un Werner Schroeter) valent le détour.

Le film reste en revanche fidèle au canon de la littérature oraculaire et à sa cruelle ironie, qui consiste à faire accomplir au héros son destin par le geste même qu’il prétendait éviter.

Jacques Mandelbaum